21 novembre 2012

Les tombes troublées

Après un court séjour à la cité impériale où Kakita Katsugaya avait présenté ses respects et le rapport de ses dernières missions au nouveau champion d’émeraude, le jeune magistrat et ses yorikis, accompagnés de Kitsune Tokichiro qui semblait apprécier leur compagnie, faisaient route vers un petit village portant le nom d’Aichi-Mura. Un hameau habité seulement de quelques paysans, en bordure des plaines désolées du Soleil Doré. Mais que venaient-ils faire ici, ces cinq jeunes samouraïs ?

Le champion d’émeraude leur avait confié une mission de prestige : préparer et veiller au bon déroulement d’une partie de go qui devait opposer les deux meilleurs grands maîtres du moment, Kamato et Kakita Fujimura. Presque des vacances en fait. L’endroit avait été choisi précisément pour son calme et son isolement, afin de permettre aux deux maîtres de s’affronter en toute sérénité sans avoir à subir les passions et pressions d’une foule de curieux commentant le moindre de leurs mouvements.

Calme, le village l’était sans doute. Une cinquantaine d’habitant, une auberge, une forge, un temple à l’abandon et une vingtaine de huttes de bois, pour la moitié inoccupées. Le premier devoir des samouraïs serait de faire du village un lieu accueillant pour recevoir les deux grands maîtres. Le travail ne manquait pas : trouver un logement, réparer le toit et le plancher du temple – seul endroit décent ou jouer une partie de go dans le village – et s’assurer de la collaboration des habitants, qui n’avaient sans doute pas vu passer plus d’un samouraï ces dix dernières années… Le tout en moins de deux jours, l’arrivée des grands maîtres étant prévue pour le surlendemain.

Faisant fi du caractère fastidieux et humble des tâches à accomplir, les cinq jeunes gens se mettent à l’ouvrage, parvenant à être prêt pour accueillir leurs hôtes au moment de l’arrivée de ces derniers. Le premier à arriver, Kamato, était un homme âgé, au crane rasé. Un moine, en fait. Il était arrivé à pied, récitant continuellement des passages du Tao de Shinsei tout en avançant. Le second, Kakita Fujimura, était sans doute aussi âgé. De longs cheveux et une barbe blanche ornaient son visage harmonieux. Il était arrivé monté sur un poney et accompagné d’un seul serviteur, Eji. Ce dernier ne devait pas être beaucoup plus jeune que les deux grands maîtres.

La partie débuta dès le lendemain de l’arrivée des deux grands maîtres, sous la pagode du temple, comme prévu. Afin de garantir aux deux joueurs le calme dont ils escomptaient jouir, les cinq samouraïs durent faire preuve, les premiers jours, d’une grande attention. Ivrogne belliqueux, enfants jouant à la balle, pigeons habitués à nicher dans le temple… Rien de bien sérieux, mais autant d’événement qui, s’ils n’avaient pas été correctement gérés, auraient pu interrompre la partie et attirer les déshonneur sur ceux qui étaient supposés veiller sur son bon déroulement.

Certaines de ces interruptions potentielles étaient plus sérieuses. Ainsi, un petit groupe de rônins, prétendant être des magistrats venus collecter les taxes du village, provoquèrent une vive agitation parmi les habitants. Ressentant cette dernière sans en comprendre l’origine, les yorikis interrogèrent les villageois, qui expliquèrent la situation. Après leur avoir demandé de se calmer et de rentrer chez eux pendant qu’ils réglaient le problème, ils se rendirent à l’auberge du dernier Shochu, où les rônins attendaient que l’argent leur soir remis.

Autant dire qu’ils ne s’attendaient pas à trouver des samouraïs dans le village, et encore moins des magistrats. Face à leurs explications confuses, Bayushi Utemaru les somme de déposer les armes, ce qu’ils refusent. Un combat aussi bref que violent éclate… Un des rônins est tué, et les autres avouent : ils ont volé le symbole de magistrat que leur chef portait à un jeune samouraï du clan de la grue qu’ils ont battu à mort quelques jours plus tôt. Un tel crime méritant la mort, la sanction est appliquée dans l’heure, bien qu’à l’écart du village pour ne pas perturber le déroulement de la partie.

Signalons aussi les malaises qui commencèrent à s’attaquer à Kakita Fujimura quelques jours après le début de la partie, et dont la source fut identifié assez rapidement : un poison lent, mélangé à son thé, et qu’il devait sans doute ingérer à son insu depuis des semaines. Sans doute le « cadeau » de quelque opposant politique. Une fois le problème identifié, Fujimura-sama cessa de boire son thé personnel pour partager celui des autres samouraïs et tout rentra dans l’ordre.

Jusque là, la mission n’était pas aussi calme qu’escomptée, mais n’avait guère présenté de grand péril… Des événements bizarres devaient toutefois se produire à Aichi Mura. Tout commença le soir du quatrième jour de la partie. Tout le monde était rassemblé à l’auberge du dernier shochu pour le repas, lorsque deux samouraïs entrèrent, se dirigeant droit vers le comptoir. Il y avait un crabe, plutôt propre sur lui, engoncé dans une armure du guerre rutilante. Sur son armure, le symbole des magistrats d’émeraude. A côté de lui, un samouraï du clan de la licorne, le visage recouvert de peintures de guerre et de cicatrices, les cheveux en désordre. Il portait également une armure lourde, qui semblait avoir traversé maints champs de bataille. Il portait le mon du clan du scorpion en plus de celui de l’école des Moto.

Sur le comptoir, il y a un plat de riz et trois bouteilles de shochu, posées là par l’aubergiste en début de soirée, comme s’ils étaient attendus. Sans adresser la parole à quiconque, ils ouvrirent chacun une des bouteilles et les vidèrent d’un trait. Avant de s’attaquer au plat de riz. Dans l’assistance, personne ne tournait le regard vers eux, sauf les jeunes samouraïs… Ayant fini leur repas, le Moto se tourne vers l’aubergiste et demande d’une voix grinçante :

« Nous avions demandé quatre bouteilles de shochu, et il n’y en a que trois. »
« Mes excuses, samouraïs-sama, vu le nombre inhabituellement élevé de clients en cette période, c’est là le dernier shochu dont je dispose…


Le Hida rit bruyamment.

« Tu ne crois pas si bien dire, aubergiste. C’est sûrement le dernier shochu, en effet… »

D’un geste vif et précis, il partage le contenu de la bouteille pleine entre les deux vides, puis en tend une à son compagnon. Avant qu’ils ne les vident à nouveau d’une lampée, il s’interrompt…

« La nuit s'est dressée,
Fruit blet né d'un grain perdu,
Au dernier shochu ! »


Quelques instants plus tard, ils ont quitté l’auberge. Les cinq jeunes samouraïs essaient d’en savoir plus sur ces étranges visiteurs, apparemment attendus et connus de tous au village, d’autant qu’Asako Souta a perçu quelque chose de surnaturel dans leur présence. Entre ce que les villageois veulent bien leur expliquer et leurs propres déductions, ils comprennent qu’il s’agit des esprits de deux samouraïs qui n’ont pu achever une tache difficile il y a bien longtemps, et reviennent au village tous les 11 ans pour partager un dernier repas avant de revivre leurs dernières heures. Et la tradition veut que depuis des générations, le repas soit prêt pour eux à l’heure où ils arrivent.

Le lendemain de cet interlude bizarre, les cinq samouraïs aperçoivent une vieille connaissance qui remonte la route vers le village… Toritaka Yamamiya, le crabe maudit, poursuivi par la malchance. La dernière personne de l’empire qui doive mettre les pieds dans le village pendant qu’une partie de go supposée se dérouler dans le calme y a lieu.

Après qu’ils se soient mutuellement enquis de la raison de leur présence dans ce village reculé, Yamamiya s’explique. Il est sur les traces d’un ami de son ancêtre, Toritaka Tonozaka, celui qui semble-t-il attira la malédiction sur sa famille. Cet ami se nomme Hida Hiroku, et habitait non loin du village, dans les plaines du Soleil Doré. Il était magistrat d’émeraude peu après l’époque des Tonnerres.

Lorsque ses amis lui expliquent que l’esprit de celui qu’il cherche est passé le veille à l’auberge boire un shochu avec un pote, Yamamiya ne semble guère étonné. Seulement déçu d’être arrivé un jour trop tard. Cette nouvelle lui rend par contre l’énergie qui commençait à lui manquer, et après avoir salué tout le monde, il reprend sa route vers les plaines de Soleil Doré, espérant rattraper Hiroku avant qu’il ne soit trop tard… Et qu’il ne doive attendre 11 années de plus pour le rencontrer. Le bon côté des choses étant qu’il quitte les lieux immédiatement, évitant ainsi de mettre en péril la bon déroulement de la partie.

Toritaka Yamamiya qui prendrait part à une aventure sans y semer le trouble… Vous trouvez ça crédible ? Non ? Eh bien vous avez raison ! Trois jours plus tard, alors que la partie suit gentiment son cours, le jeune crabe fait irruption dans le village, gravement blessé…

« Oi… C’est horrible. Les force de l’Outremonde, elles sont à ma poursuite, à moins d’une demi-heure d’ici ! »

Il y a peu de temps pour planifier la défense du village. Tokichiro-san restera avec les paysans et les deux grands maîtres et le fera évacuer si nécessaire, pendant que ses compagnons feront face à l’ennemi dans le petit bois situé à une lieue du village, pour tenter de les surprendre… Et laisser du temps aux villageois pour préparer leur départ.

En route vers le bois, Yamamiya s’explique… Il est arrivé à la maison de Hiroku-sama, dans les plaines du Soleil Doré, alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Dans la maison en ruine, un autel à Osano-Wo, autour duquel des esprits chantaient. Puis Hida Hiroku et son compagnon sont arrivés. Ils étaient gravement blessés et se repliaient vers l’autel. Soudain – Yamamiya semble mal à l’aise à ce point des explications – les esprits qui chantaient ont disparu. Hiroku-sama et son compagnons ont commencé à disparaître, eux aussi. Ils ont dit quelque chose à propos d’un rituel interrompu et d’un Sombre Moto libéré…

Comme il y avait du bruit dehors, Yamamiya est sorti. Il y a avait cet homme aux yeux bleu glacés, en armure de licorne, qui disait aux autres de se diriger vers le village le plus proche et de tout y détruire pour récupérer de l’énergie. Les autres étaient nombreux, trop pour Yamamiya. Plutôt que se jeter sur eux seul, il a préféré courir vers le village le plus proche, où il savait trouver des alliés. Il a couru avec toute l’énergie qu’il a pu rassembler, ses ennemis à ses trousses. L’un d’eux l’a d’ailleurs rattrapé et blessé, mais il est parvenu à s’en défaire.

Les explications de Yamamiya terminées, les samouraïs sont à leur poste, à l’orée de la forêt. Le faucon du jeune crabe les rejoint. L’ennemi n’est plus bien loin. Une sorte de géant au corps enflammé et à la tête de taureau. Trois monstres mi-loup mi-cochon, aussi grands que des poneys. Et en retrait, un humanoïde à la peau rouge, vêtu d’un hakama noir et armé d’un daïsho aux lames barbelées.

Les ennemis sont accueillis d’une volée de flèches, qui met hors de combat deux des quadrupèdes avant qu’ils n’arrivent au contact. Le géant enflammé et le dernier quadrupède engagent violemment les samouraïs. Souta-san, les voyant fondre sur lui prend peur et part vers le village en courant. Yamamiya-san affronte le molosse infernal, tandis que ses compagnons font face à l’espèce de minotaure, qui ne semble guère affecté par les coups qui lui sont portés.

Leur dernier adversaire, l’humanoïde à la peau rouge, s’est joint au combat un instant plus tard, comblant son retard avec une vitesse surprenante. Ses constantes piques et insultes contre le bushido et les samouraïs, tandis que lui même semble parfaitement à l’aise au milieu de combat, parviennent à déconcentrer les jeunes yorikis. Seul Katsugaya semble garder son calme, entrainé à ignorer toute distraction pour se consacrer uniquement à sa lame lorsqu’elle est tirée – ou en passe de l’être.

Sont-ce les kamis qui veillent sur les jeunes samouraïs ? Ou eux seuls qui sont parvenus à ne faire qu’un avec le vide, touché par la grâce au moment le plus critique ? Leurs adversaires tombent, l’un après l’autre. Eux-mêmes sont blessés, mais vivants. Seul bémol : de tout le combat, il n’y a eu aucune trace du Sombre Moto… Mais sans doute valait-il mieux ne pas l’affronter aujourd’hui

De retour au village, ayant raconté leur combat, ils sont fêtés en héros. Dès le lendemain, la partie pourra reprendre.

Une fois remis de leurs blessures, les samouraïs iront jusqu’à la maison de Hida Hiroku. L’autel à Osano-Wo est brisé. Yamamiya avouera être responsable de cet accident. Un faux mouvement… Il se met aussitôt en devoir de nettoyer les ruines de la maison, aidé par ses compagnons, qui essaient de réparer l’autel. Alors qu’ils viennent de terminer, les esprits de Hida Hiroku et Moto Tetsuo, son compagnon, leur apparaissent. La petite conversation qu’ils auront avec les jeunes samouraïs permettra à ceux-ci de comprendre le fin mot de l’histoire.

Il y a 300 ans, les deux samouraïs étaient sur les traces de Moto Yoshi. Ils étaient accompagnés de deux Phoenix, des shugenja. Les esprits qui incantaient et que Yamamiya a interrompu en brisant l’autel. Quand ils ont fait face au Sombre Moto et ses sbires, ils ont constaté qu’ils ne faisaient pas le poids. Les deux shugenja se sont sacrifiés pour envoyer les créatures de l’Outremonde dans un lieu hors du temps. Mais le sort était malgré tout trop faible et s’effritait avec le temps. Hiroku et Tetsuo ont prié les fortunes de leur donner un moyen de renforcer le sort, pour éviter que le sacrifice de leurs compagnons ne soit vain. Osano-Wo répondit à leur prière, liant leurs esprits et ceux des shugenja à la pierre qui accueillait son autel. Tous les 11 ans, ils devraient revivre le combat qui les avait opposé aux onis jusqu’au sort lancé par les shugenja. Puis Yamamiya a brisé le cycle, ce qui aurait été catastrophique si Katsugaya et ses yorikis n’avaient pas été là. Les onis sont détruits pour de bon. Reste qu’un sombre Moto a disparu dans la nature, et que les deux esprits sont voués à partir enfin en Meido, maintenant que le lien avec la pierre est brisé.

Quant à Tonozaka, l’ancêtre de Yamamiya, Hiroku se souvient de lui, et de la malédiction qui pesait sur lui. Il est désolé qu’elle affecte également sa descendance. Tout ce qu’il sait à propos de cette histoire c’est qu’elle date de l’époque où Tonozaka voyageait dans la région du Mur Au-delà des Montagnes de l’Océan. C’est la dernière information que les esprits partagent avant de s’évanouir définitivement. C’est bien peu pour Yamamiya, mais toujours mieux que rien…

La partie de go durera encore près de deux semaines, durant lesquelles plus aucun événement ne viendra la troubler. Les villageois, conscients de ce qu’ils doivent aux samouraïs, font de leur mieux pour ne pas interférer avec le déroulement de l’événement, qui se conclura par la victoire de Kamato. Il ne reste au magistrat et à ses yorikis qu’à repartir vers la cité impériale pour rendre compte de la réussite de leur mission et récolter la gloire méritée pour leurs actions.

PNJs rencontrés :

Eji : unique serviteur de Fujimara-sama, il semble y avoir entre les deux hommes un respect proche de l’amitié.
Hida Hiroku : mort il y a trois siècle, son esprit, lié à l’autel d’Osano-Wo, revient périodiquement revivre ses dernières heures afin d’honorer le sacrifice de ses compagnons. Il était un ami de l’aïeul de Yamamiya-san
Jokichi : il tient l’auberge d’Aichi-Mura, le dernier shochu, comme son père avant lui et son grand père avant son père…
Kakita Fujimara : grand maître de go, homme d’âge mur aux longs cheveux et à la barbe blanche, il est resté simple malgré son statut.
Kamato : grand maître de go, ce vieux moine au crâne rasé est un exemple de sérénité.
Keio : en l’absence de samouraï, c’est lui le chef du petit village.
Moto Tetsuo : mort il y a trois siècle, son esprit, lié à l’autel d’Osano-Wo, revient périodiquement revivre ses dernières heures afin d’honorer le sacrifice de ses compagnons.
Moto Yoshi : ce Sombre Moto, enfermé hors du temps grâce au sacrifice de deux shugenja, est maintenant libre de parcourir Rokugan…
Toritaka Yamamiya : jeune samouraï poursuivi par une malédiction familiale à laquelle il tente de mettre fin.

05 juin 2012

Des temps incertains

Katsugaya et ses assistants se sont vu confier une nouvelle mission : accompagner Otomo Komaji au village de l’Aimable Voyageur, où il va essayer de comprendre pourquoi les taxes versées à l’Empire par ce village apparemment prospère sont si maigres.

Ils arrivent par bateau dans une petite ville plutôt vivante, à cette époque de l’année où des marchands de tous les clans viennent négocier l’achat du nouveau millésime du fameux Saké « Taka label » qui fait la prospérité et la réputation de l’endroit. Bien que situés en bord de mer, ses habitants ne profitent que peu des bienfaits de celle-ci, la majorité vivant de manière plus ou moins directe de l’exploitation de la brasserie – le plus grand bâtiment de la ville.

En dehors de la brasserie, le bâtiment le plus notable est la résidence de dame Yasuki Fumi, la propriétaire de l’industrie de Saké locale, et seigneur de facto du village depuis la disparition tragique de son mari il y a quelques années. Elle a résisté habilement à toutes les offres d’alliance qui lui ont été faites depuis lors. Le temple de Daikoku et l’auberge de la Pitié de la Fortune dominent le reste des constructions, une poignée de commerces plutôt florissants et les habitations des villageois se mélangeant sans structure apparente. Au delà de la place du marché, très animée durant la journée, se trouvent le district des êtas et la demeure du magistrat du clan de la Grue, Daidoji Jikuro.

Après s’être présentés à ce même magistrat, les jeunes samouraïs se dispersent pour explorer les environs et prendre la température de la population. C’est ainsi qu’ils apprennent que Daidoji Hayashi, Daimyo de sa famille, est en ville depuis quelques temps, et qu’il se rend tous les jours chez dame Fumi pour parler affaire, ce qui ne semble d’ailleurs enchanter aucun des deux…

Concernant la vente du saké local aux différents marchands présents en ville, on en est encore aux premières tractations, aucun contrat ne pouvant être signé avant la date officielle, à la prochaine lune. Il se murmure toutefois qu’un consortium de marchands rônins pourrait faire sensation. Un certain Otagawa a en effet fait venir en ville un plein convoi de pots de grès, qu’il compte bien négocier à la brasserie, qui a toujours besoin de récipients et qui pourraient bien peser plus lourd dans la balance commerciale que les poignées de kokus de biens des clans…

Ils apprennent également que des incidents mineurs ont éclaté ces derniers temps aux frontières des clans de la Grue et du Crabe, rien de grave jusqu’ici, mais la présence d’un Daimyo du clan de la grue au village laisse tout de même présager que certains trouvent ces incidents préoccupants.

Takao rencontre un artisan confiseur de talent, qui lui offre des caramels durcis représentant un dragon et un renard, tandis qu’Utemaru sympathise avec Uromasu, un tailleur dont les travaux l’impressionnent par leur finesse.

D’autres rumeurs circulent en ville, notamment concernant les jumeaux de l’empereur, mais elle retiennent moins l’attention des jeunes gens… Dans l’ensemble, la ville leur semble effectivement plutôt opulente et susceptible de participer honorablement à la richesse du trésor impérial.

Tandis que Katsugaya épluche les rapports de Jikuro avec Komaji, un coursier vient leur annoncer que tous les samouraïs étrangers présents en ville sont invités le lendemain soir à une réception donnée par dame Fumi dans les jardins de son palais. Cet événement est rapidement au cœur de toutes les conversations en ville.

Ayant appris par ses compagnons qu’Otagawa s’était arrangé avec un samouraï du clan de la Mante –le capitaine de navire Yoritomo Gyokoshu– pour lui placer deux de ses hommes comme gardes du corps et ainsi les introduire à la réception, Katsugaya décide de remonter personnellement l’information à Daidoji Hayashi, qui lui accorde volontiers une entrevue. Ce dernier semble considérer la réception comme une perte de temps hélas inévitable dans son travail de diplomatie. Il convient que l’attitude des rônins est suspecte et à surveiller, et suggère au jeune magistrat de dépêcher un de ses hommes à la surveillance des potentiels fauteurs de troubles.

Le temps est lourd au moment où les samouraïs présents en ville convergent vers la demeure de dame Fumi. Ses jardins sont cependant magnifiques, idéalement ombragés et rafraichis par le cours du ruisseau qui serpente entre les allées. Dame Fumi est une hôtesse parfaite ; elle a un petit mot pour chacun et sait initier les conversations entre inconnus pour délier les langues. Nourriture et boissons abondent, parfois même à l’excès.

Utemaru, chargé de surveiller les rônins, comprend rapidement qu’en fait, leurs intentions, si elles ne sont pas tout à fait honorables, sont loin d’être criminelles. Ils ne s’intéressent en fait qu’aux samouraïs qui participent de près ou de loin aux négociations sur la nouvelle cuvée Taka, et tentent, à la faveur de l’alcool qui abonde, de leur faire lâcher des informations sur les transactions en cours. Mais le jeune yoriki scorpion est bien décidé à leur mener la vie dure, sabotant systématiquement toutes leurs tentatives d’approche avec toute la subtilité dont savent faire preuve les courtisans de son clan.

Dame Fumi préside le repas, riant de bon cœur aux plaisanteries de ses deux chevaliers servants, les capitaines de navire Ajito et Gyokoshu. Quand Komaji et Hayashi tentent d’amener la conversation à des sujets plus sérieux, elle fait de son mieux pour la détourner à nouveau… Si le jeune percepteur impérial semble prendre la chose comme un défi amusant, ce n’est pas le cas du Daimyo de la famille Daidoji, qui semble de plus en plus renfrogné et manifeste clairement son exaspération.

Vers la fin du repas, par ailleurs plus que copieux, Otomo Komaji parviendra, avec l’aide de Katsugaya, à déstabiliser un instant leur hôtesse, confirmant leurs doutes sur de possibles malversations financières. Cette dernière se rattrape en annonçant la fin du repas et l’arrivée des musiciens.

Mais l’orage, qui menaçait depuis de heures, éclate en plein milieu de la représentation de la jeune chanteuse. Faisant preuve d’une remarquable maîtrise d’elle-même, la cantatrice sursaute à peine au premier coup de tonnerre et ne s’interrompt pas malgré le vacarme de la pluie battant les tuiles… Tout le monde se réfugie à l’intérieur, et les murs sont refermés.

La fureur de l’orage rendant l’exercice musical vain, Yasuki Fumi propose de remplacer le divertissement par un concours de poésie, idée applaudie par ses deux chevaliers servants qui se lancent les premiers, suivis par d’autres enthousiastes. Même Otomo Komaji tente sa chance, mais quand Kakita Deju, l’assistant de Hayashi, veut faire de même, son maître se lève, visiblement à bout de nerf, récupère son katana déposé à l’entrée : « Merci pour cette agréable soirée de divertissement, Fumi-san, Mais je dois partir. Nous reprendrons notre entretient demain matin. ». Et laissant à peine à son assistant, penaud, le temps de lui emboiter le pas, il quitte l’assemblée, qui reprend son petit jeu après quelques instants de flottement.

Quelques instants plus tard, Otomo Komaji dresse l’oreille… Il n’est pas le seul à avoir sursauté ; Takao a également cru entendre le bruit d’armes s’entrechoquant, mais comment être sûr de son oreille avec l’orage qui redouble de violence. N’était-ce pas simplement un éclair ? Katsugaya veut en avoir le cœur net. Accompagné de ses yorikis il quitte la fête.

Près du pont de bois qui relie la propriété de dame Fumi au reste du village, trois corps gisent au sol… Daidoji Hayashi, son assistant et leur yojimbo. Aucun n’a eu le temps de sortir ses armes… Une rapide analyse de la situation laisse penser que les assaillants se cachaient dans la rivière, sous le pont, et ont frappé les samouraïs avec des armes d’hast enduites de poison, ne leur laissant aucune chance. Sans doute sont-ils arrivés par la rivière et repartis par le même chemin. De toute façon, la pluie torrentielle qui continue à tomber ne va pas faciliter leur recherche.

Plus grave encore, l’épée familiale d’Hayashi n’est plus à son saya…

A quelques mètres du pont, Tokichiro a retrouvé la carriole de l’aiguiseur de couteau cachée dans les hautes herbes, et les pas d’au moins trois personnes entrant dans l’eau.

Katsugaya envoie chercher le magistrat et la garde du village, et va prévenir Komaji et Dame Fumi de la situation, leur suggérant d’empêcher quiconque de quitter le palais jusqu’à ce que les coupables soient identifiés. Hida Masato, le chef de la garde, et ses hommes arrivent quelques minutes plus tard. L’officier semble parfaitement incapable de gérer la situation face à un ennemi qu’il ne peut voir, aussi lui suggère-t-on d’assurer la sécurité des invités jusqu’à ce que la menace soit identifiée, ce qui semble lui convenir.

Quant à Daidoji Jikuro, le magistrat, il n’arrivera jamais. Lui et son assistant ont été retrouvés morts par le serviteur que l’on avait envoyé les chercher. Là aussi, poison et armes d’hast, et probablement un groupe de trois ou quatre assaillants, vu les traces de boue sur le parquet.

Les samouraïs décident de se séparer pour battre les rues de la ville. C’est ainsi que l’un d’eux repère du mouvement sur les quais. Il hèle ses compagnons, qui arrivent juste à temps pour apercevoir un groupe d’hommes quitter la Grâce de Dame Doji, le navire du capitaine Ajito… Se voyant repérés, les hommes plongent à la mer ! Mauvaise idée, puisqu’il suffit alors de suivre le progression pour les repêcher plus loin sur le rivage. Mais les bougres sont bons nageurs ; à la faveur de la tempête et de la configuration du village, ils parviennent à regagner le rivage avant d’être rattrapés, et se faufilent dans la forêt voisine pour disparaître à la vue de tous. C’est sans compter sur les pouvoirs de Tokichiro, qui les file discrètement à travers la forêt, puis les marais, pendant près d’une heure…

Les autres samouraïs ayant rapidement abandonné les poursuites, ayant entendu du bruit dans les rues de la ville. C’est ainsi qu’ils croisent, au niveau de la brasserie, trois hommes qui semblent en poursuivre un autre. Ils sont armés de lances courtes ; un des trois est déjà blessé au bras. Confrontés aux samouraïs, ils défendent chèrement leur peau, mais finissent par être mis hors d’état de nuire.

L’interrogatoire du survivant leur apprend quelques détails sur ce qu’il s’est passé. Ils sont les Hira-Gumi, héritiers d’un fils cadet de la famille Daidoji, répudié il y a près de trois siècles pour avoir tenté d’évincer son frère. Depuis lors, ses fidèles se sont retranchés dans les marais et préparent patiemment leur vengeance contre les « faux » Daidoji, les usurpateurs. Il y a peu de temps, un étranger est venu leur dire que le temps était venu de régler les comptes, que le maître des faux Daidoji serait en visite sur leurs terres et qu’il était temps de frapper, donnant le signal à tous les Hira-Gumi cachés que le moment était venu de réclamer leur dû ! Ce soir, toutes les grues présentes au village devaient mourir, afin que les descendants d’Hira puissent reprendre leur place légitime…

Après une première série de meurtres réussis, ils ont cependant été attaqués. Non loin de l’endroit où les samouraïs les ont trouvés, un shuriken a frappé le bras de leur chef, et ils se sont lancés à la poursuite de leur agresseur, mais ce dernier est parvenu à s’enfuir à la faveur de l’intervention de Katsugaya et ses compagnons.

Après quelques commentaires ironiques sur les ravages que peuvent causer trois siècles de haine et de consanguinité, les samouraïs vont exposer ce qu’ils ont appris aux notables réunis chez Dame Fumi. Après quelques temps ils sont rejoints par Tokichiro, qui a suivi les fuyards à travers les marécages jusqu’à ce qu’ils rejoignent des compagnons qui les attendaient à l’entrée d’une vieille piste partant vers le Nord-Est. Après s’être assuré de pouvoir retrouver celle-ci facilement, il est revenu chercher ses compagnons.

Le temps de soigner sommairement les quelques blessures subies lors de l’affrontement contre les Hira-Gumi, les cinq samouraïs se mettent en route à travers les marécages. L’orage s’est calmé, et même s’il pleut toujours par intermittence, la pleine lune nimbe les lieux d’une lumière froide, presque irréelle. Ils avancent ainsi plus de quatre heures, évitant parfois de justesse les pièges laissés le long de la piste par ceux qu’ils traquent.

Enfin, un village apparaît, perdu au milieu de nulle part. Une dizaine de bâtiments, à peine entretenus, entourés par des ruines et des rizières à l’aspect misérable. Ils sont immédiatement repérés par l’unique garde en faction sur la tour de guet en bordure du village, qui sonne l’alarme avant de se replier. Tokichiro s’écarte du groupe et contourne le village, tentant de s’approcher autant que possible de ce qui semble être le dojo, sans être vu.

Une dizaine de guerriers armés de lances font face aux quatre samouraïs. Quand il lui apparaît que la confrontation est inévitable au vu de fanatisme des Hira-Gumi, Katsugaya s’avance et, d’un coup de sabre, coupe quasiment en deux l’officier adverse. Malheureusement, cela ne suffit pas pour calmer les ardeurs guerrières des villageois, et ce coup de katana déclenche les hostilités.

Souta, surpris, n’a pas eu le temps de se mettre à l’écart. Pris à parti par deux combattants, il est grièvement blessé, et doit puiser dans ses dernières ressources pour invoquer la colère d’Osano-Wo sur ses adversaires. Ses compagnons, plus habitués au choc des armes, éliminent les Hira-Gumi un par un, avant de pouvoir venir en aide au Shugenja acculé. A part ce dernier, les samouraïs n’auront à déplorer que des blessures légères, tandis que les corps de leurs adversaires sont étendus au travers du chemin.

Ils peuvent alors rejoindre Tokichiro dans le dojo, où une scène bien macabre les attend. La grande pièce est jonchée d’une vingtaine de cadavres tout frais ; femmes, enfants et vieillards, certains encore en pleine agonie. Une femme, occupée à étrangler son fils, lâche ce dernier en voyant les samouraïs entrer, et saisit un couteau pour le planter dans sa propre jugulaire… Tokichiro emmène le miraculé à l’écart, tandis que Katsugaya enjambe les corps pour accéder à la chambre réservée au Sensei. Il y trouve un vieil homme, vêtu d’une armure légère aux couleurs du clan de la Grue, occupé à se faire seppuku sans assistance. Sans un regard pour lui, il s’avance vers le râtelier au fond de la pièce, où trône l’épée familiale des Daidoji…

Quand ils quittent le village maudit, le soleil se lève à l’horizon, les baignant de lumière orangée durant le trajet du retour vers le village de l’Aimable Voyageur. Le miraculé, un garçonnet répondant au nom de Hiro, les accompagne comme témoin de ce qu’étaient ce village et ses habitants. Sur les conseils d’Otomo Komaji, Takao le prendra finalement sous son aile, comme serviteur, refusant de le laisser tuer.

Avant de quitter le village, l’histoire connaîtra un dernier rebondissement. Utemaru s’étant à nouveau rendu chez Uromasu pour lui acheter des habits de voyage à la taille de Hiro, se rend compte que le tailleur affiche un air fatigué et boîte légèrement. Ce dernier comprend aussitôt que le samouraï a fait le lien avec le shuriken perdu, et sort un ninja-to de sa manche… « Vous avez compris, n’est-ce pas ? Cela n’a rien de personnel, mais deux personne à connaître un même secret, cela fait une de trop. »

Il s’en faut de peu pour que le Scorpion ne succombe à l’attaque de son adversaire, mais sa contre-attaque désespérée surprend le tailleur qui, voyant la situation lui échapper, projette la lampe à huile qui éclairait la pièce contre les kimonos accroché au mur, déclenchant aussitôt un incendie. Le temps que les secours arrivent, tout en pan du mur est consumé, et le marchant gît aux pieds du samouraï. Malheureusement il est mort, et ne révèlera rien de plus…

Reste à rejoindre les terres ancestrales de la famille Daidoji pour remettre à celle-ci l’épée de Hayashi. Bien sûr, des questions seront posées sur les circonstances du décès, le clan du Crabe mis en cause puis innocenté, même si l’événement risque d’avoir des conséquences politiques graves dans le futur. Mais le jeune magistrat et ses yorikis ne resteront pas pour assister à toutes les tractations préparant la succession du Daimyo… L’empire à besoin d’eux ailleurs.

PNJs rencontrés :

Daidoji Ajito : le capitaine de la Grâce de Dame Doji était une sorte de dandy qui semblait être venu pour prendre du bon temps en compagnie de dame Fumi, dont il disputait les faveurs à son homologue du clan de la Mante.
Daidoji Hayashi : le jeune Daimyo de la famille Daidoji était un homme austère et sérieux au regard inquisiteur. Il a malheureusement succombé à une vendetta vieille de plusieurs siècles.
Daidoji Jikuro : ce jeune magistrat chargé de récolter les taxes pour son clan a toujours eu du mal à imposer son autorité en ville, la force militaire étant détenue par le clan du crabe. Il a lui aussi subi la vengeance des Hira-Gumi.
Hida Masato : le commandant de la garnison de la ville est une espèce de brute perpétuellement de mauvaise humeur et rapidement dépassée dès que la situation demande un brin de réflexion ou de sang-froid.
Hiro : ce garçon de 7 ans a échappé à la mort ordonnée par son Daimyo par miracle, et est maintenant au service de Takao en tant qu’Eta.
Kakita Deju : le jeune assistant enjoué d’Hayashi a malheureusement partagé le sort de son maître.
Otomo Komaji : percepteur impérial de grande taille, vêtu sobrement, il semble pouvoir juger la valeur d’autrui d’un simple regard. Il fait de son mieux pour respecter l’étiquette et les traditions en toutes circonstances, ce qui ne l’aidera pas à confondre dame Fumi dont il est pourtant persuadé de la culpabilité.
Uromasu : ce tailleur, sponsorisé par la famille Daidoji, était fort respecté en ville. Quel que soit le secret qu’il cachait, il était prêt à tuer et à mourir pour ne pas qu’il soit découvert.
Yasuki Fumi : une élégante dame qui, sous une apparente frivolité, semble être fort capable de mener à bien les affaires familiales, même lorsque cela l’amène à naviguer dans les eaux troubles de la politique entre deux clans majeurs.
Yoritomo Gyokoshu : Capitaine du Kaori, le navire qui a emmené en ville les négociants du clan de la Mante, cet athlète profite de sa présence pour faire la cour à dame Fumi.

01 février 2012

En quête de savoir

L’escorte de nobles courtisans du clan de la grue a mené le petit groupe de samouraïs dans les terres du clan du phénix, dans la petite ville de Nikesake. Alors qu’ils récupèrent de leur voyage à l’auberge de l’Arbre des Joies, à l’ombre d’un pécher en fleurs, ils sont abordés par une paire de moines, Shiko et Koe, qui souhaitent les entretenir d’un problème urgent.

Voici de quoi il retourne : il y a quelques heures, une famille de paysans a été massacrée dans leur maison, non loin de la ville. Un des moines de leur monastère, Hana, était en visite chez eux, et a également perdu la vie. Le magistrat local, rapidement alerté par les voisins des victimes, a d’ores et déjà arrêté un jeune bushi du clan du crabe qui se trouvait sur les lieux.

Mais Shiko, le plus âgé des deux moines, ne pense pas que le jeune homme soit coupable : tout d’abord parce qu’il s’était présenté au monastère plus tôt dans la matinée. Il cherchait effectivement Hana, et bien qu’il n’en ait pas dit plus, il semble peu probable qu’il ait annoncé à toute une congrégation de moines qu’il cherchait un des leurs s’il comptait le tuer ensuite. De plus, si vraiment il avait fait toute cette route pour assassiner le moine, pourquoi être resté parmi ses victimes une fois son forfait accompli ? Bref, Shiko craint que le magistrat ne soit dans l’erreur, et que le véritable coupable ne coure toujours…

Leur voisin de table, un jeune shugenja nommé Asako Souta avec lequel ils avaient quelque peu conversé avant l’arrivée des moines, leur propose son aide pour résoudre cette affaire : il connaît mieux la région et ses habitants qu’eux, et pourra sans doute leur faire gagner du temps, ce qui risque d’être crucial.

Les samouraïs se rendent tout d’abord à la demeure du magistrat. En arrivant dans la cour, ils découvrent que le coupable présumé, enfermé dans une cage et exposé à la vue des passants, ne leur est pas inconnu, puisqu’il s’agit de Toritaka Yamamiya, qu’ils avaient déjà rencontré quelques semaines auparavant lors du tournoi d’Emeraude. Tokichiro lui demande sa version des faits, tandis que ses compagnons vont présenter leur requête à Shiba Gyuji, le magistrat. Ce dernier estimait l’affaire classée, et voit d’un assez mauvais œil qu’un magistrat d’émeraude vienne mettre son nez dans ses affaires. Toutefois comme il soupçonne que l’on ait pu faire usage de Maho pour le meurtre des paysans, il suggère aux jeunes gens d’orienter leurs recherches sur cet aspect de l’affaire.

Entretemps, voici ce que Tokichiro a pu apprendre du Crabe… Ce dernier est effectivement arrivé ici pour trouver le moine nommé Hana, qui était avant de se retirer du monde, bibliothécaire. C’est lui qui avait classé les écrits de l’ancêtre de Yamamiya, Toritaka Tonozaka. Ce dernier vécut il y a plus de 300 ans de cela et ses écrits ont été assimilés à du Maho et mis en sécurité dans les bibliothèques du clan du phénix. Pour comprendre la malédiction qui pèse sur sa famille, Yamamiya a besoin de ces écrits, dont plus personne, sauf Hana, ne sait où ils sont classés.

Il est donc arrivé ce matin au monastère, où on lui a dit que Hana était en visite chez Meshitsuki, un paysan de ses amis. Pressé d’avoir les renseignements qui lui manquaient, il s’est immédiatement rendu sur place. Devant la hutte, il a entendu des bruits de combat et des chants, selon lui –comme il l’a expliqué au magistrat– du maho. Il est entré, katana au clair, et s’est retrouvé face à une demi-douzaine de bandits, certains armés et d’autres occupés à incanter. Il a blessé une des brutes, avant que la douleur ne s’empare de son corps et ne le jette à terre… Il était vaincu par la magie. Le temps qu’il ne retrouve l’usage de ses muscles, les oiseaux s’étaient envolés, et le magistrat entrait dans la pièce.

Il ajoute avec excitation que Hana n’est pas mort… Comme il l’a déjà expliqué, en vain, il a vu un des sorciers transformer le cadavre d’un des paysans pour qu’il prenne l’aspect du moine, tandis que ce dernier était emmené par une des brutes. Enfin, il ajoute qu’il n’a plus vu son faucon depuis qu’il est entré dans la hutte, et termine par une description rapide des hommes qu’il a vu là-bas.

Les samouraïs commencent leur enquête dans la hutte de Meshitsuki. L’examen des cadavres, que les êtas sont justement en train de préparer, s’avère riche en renseignements. Tout d’abord, le corps d’Hana, examiné par les shugenja, s’avère effectivement être imbibé d’une étrange magie, aussi ordonne-t-on de ne plus y toucher jusqu’à ce qu’elle se dissipe (ce qui arrivera quelques heures plus tard, le corps s’avérant être celui du fils de Meshitsuki, que personne n’avait vu depuis le matin). Ensuite, les blessures des victimes ont été causées par des couteaux, et non un katana. Enfin, la disposition des corps dans la pièce laisse supposer qu’il y avait plusieurs agresseurs. Tout ceci joue en faveur de la version présentée par Yamamiya, mais ne donne guère de piste quant aux véritables coupables.

Quelques heures d’enquête en ville et au monastère, où les samouraïs s’intéresseront particulièrement aux nouveaux venus en ville, les amèneront à un groupe de marchands venus de Kyuden Isawa et escortés par des rônins. Ce petit groupe réside à l’auberge du Baiser du Koi face à laquelle les yorikis de Katsugaya repèrent… Le faucon de Yamamiya, aux aguets ! Entre temps, ils ont également appris qu’un autre meurtre avait eu lieu en ville, mobilisant l’attention du magistrat : un vieux rebouteux a été retrouvé mort chez lui. Il est temps d’intervenir…

Katsugaya et son équipe coincent deux des rônins sortis un instant prendre l’air. Sous la menace, un des deux craque et explique qu’il se passe des choses bizarres au sein de la caravane, dont certains membres reviennent blessés d’expéditions suspectes, et qu’on leur demande de mentir à ceux qui posent des questions… Fort de ce témoignage, Le magistrat fait irruption dans l’auberge et met en état d’arrestation les membres de la caravane. Un des rônins, dont l’épaule est bandée, tente de sortir en force, mais est rapidement ramené à la raison. Un seul des marchands est présent, un homme dans la fleur de l’âge nommé Nakamoto. Il garde son calme, et semble disposé à se rendre chez le magistrat pour y être interrogé, voir jugé.

Mais sur le trajet, profitant de l’inattention de ses surveillants, il prend la fuite vers les bois voisins… Qu’importe, c’était exactement ce que Katsugaya voulait, et Tokichiro, transformé en renard, prend le fuyard en chasse. Après une course poursuite pour a forme, seul le Kitsune reste à portée de Nakamoto. Ce dernier, comme escompté, mène le renard, puis le reste du groupe, à ses complices, cachés dans une grotte perdue au milieu de la forêt. Espérant récupérer Hana en bonne santé, le groupe donne l’assaut immédiatement.

A l’intérieur, une demi douzaine d’hommes les attend. Quatre rônins, katanas tirés, couvrent Nakamoto et son comparse, le marchand Mitari. Ceux deux là commencent les incantations dès le début de combat… Deux des rônins tombent rapidement, ouvrant la voie vers les Maho-Tsukai. Mais avant de pouvoir frapper, Utemaru, tombe à terre, en proie à une douleur inhumaine, au moment où Mitari a refermé les doigts de sa main en lui jetant un regard mauvais. Quant a Katsugaya, il a été blessé et saigne abondamment depuis que Nakamoto à incanté une malédiction a son intention. Mais même ainsi, rônins et marchands ne font pas le poids. Passé les premiers instants de combat, Souta s’est concentré pour contrer toutes les incantations de maho, les rendant inefficaces. Après quelques secondes d’un combat violent, tous les malfrats gisent au sol.

Plus loin dans la grotte, Ils retrouvent Hana attaché à un engin de torture rudimentaire. Son état général est satisfaisant mais il semble très marqué par les souffrances reçues. Sur le trajet de retour, il leur explique que les Tsukai voulaient le faire craquer pour qu’il ait recours à ses connaissances sur le Maho et se souille en les utilisant, espérant ainsi le forcer à rejoindre leurs rangs. Sans leur arrivée, il aurait sans doute fini par céder…

Le soir même, Toritaka Yamamiya sera innocenté et relâché. Accompagné par les cinq samouraïs qui ont œuvré à sa libération et par Hana, il repartira vers le château du Chêne Pâle, où les écrits de son ancêtre sont conservés. Katsugaya obtiendra l’autorisation de consulter ces écrits et de les lire au bushi –lui même étant interdit de bibliothèque par le clan du phénix suite à un malheureux incident impliquant une lampe à huile défectueuse.

Les écrits de Toritaka Tonozaka ne manqueront pas de laisser songeur Utemaru… Bien que l’on puisse difficilement les qualifier de Maho, ils décrivent l’histoire de l’empire il y a 300 ans de singulière manière. Ainsi les noms donnés aux sept tonnerres sont ils pour le moins fantaisistes, tandis le poète Hida Hiroku y est présenté comme rien moins que le Champion d’Emeraude ! Yamamiya est tout aussi perplexe, mais a au moins la satisfaction d’avoir une nouvelle piste dans sa quête de la cause de la malédiction qui pèse sur lui.

Enfin, Hana obtiendra la permission de son Daimyo de reprendre son ancien nom –Asako Kimachi– le temps de se faire seppuku. En effet, sa captivité a eu raison de sa sérénité, et il ne veut pas courir le risque d’être tenté de faire appel aux connaissances interdites à sa portée un jour de faiblesse.

Après cet épisode, Hitomi Takeo quittera ses compagnons quelques jours, le temps d’un voyage sur les terres du dragon toutes proches. Il en reviendra après quelques jours passés auprès de son senseï. Pendant son absence, Katsugaya a recruté Souta comme yoriki, avec la bénédiction du daimyo de ce dernier. Il leur reste quelques jours pour profiter de l’hospitalité et des riches bibliothèques du clan du phénix avant que leur devoir ne les appelle à l’autre bout de l’empire…

PNJs rencontrés :

Hana (Asako Kimachi) : Moine d’âge mûr, ancien bibliothécaire du clan du phénix ; les secrets appris au long de sa carrière lui ont coûté cher.
Koe : jeune moine, il accompagne toujours Shiko et parle à sa place.
Mitari : chef de la cellule des adeptes du sang, il se faisait passer pour un marchand Isawa.
Nakamoto : bras droit de Mitari, également déguisé en honnête marchand.
Shiba Gyuji : magistrat de Nikesake, il s’est avéré peu enclin à chercher au-delà des apparences.
Shiko : vieux moine, incapable de parler, toujours accompagné de son neveu Koe.
Toritaka Yamamiya : bushi du crabe poursuivi par la malchance, il essaie de comprendre la cause de la malédiction qui pèse sur lui ; bien qu’animé des meilleurs intentions, il était, une fois de plus, au mauvais endroit au mauvais moment.