Katsugaya et ses assistants se sont vu confier une nouvelle mission : accompagner Otomo Komaji au village de l’Aimable Voyageur, où il va essayer de comprendre pourquoi les taxes versées à l’Empire par ce village apparemment prospère sont si maigres.
Ils arrivent par bateau dans une petite ville plutôt vivante, à cette époque de l’année où des marchands de tous les clans viennent négocier l’achat du nouveau millésime du fameux Saké « Taka label » qui fait la prospérité et la réputation de l’endroit. Bien que situés en bord de mer, ses habitants ne profitent que peu des bienfaits de celle-ci, la majorité vivant de manière plus ou moins directe de l’exploitation de la brasserie – le plus grand bâtiment de la ville.
En dehors de la brasserie, le bâtiment le plus notable est la résidence de dame Yasuki Fumi, la propriétaire de l’industrie de Saké locale, et seigneur de facto du village depuis la disparition tragique de son mari il y a quelques années. Elle a résisté habilement à toutes les offres d’alliance qui lui ont été faites depuis lors. Le temple de Daikoku et l’auberge de la Pitié de la Fortune dominent le reste des constructions, une poignée de commerces plutôt florissants et les habitations des villageois se mélangeant sans structure apparente. Au delà de la place du marché, très animée durant la journée, se trouvent le district des êtas et la demeure du magistrat du clan de la Grue, Daidoji Jikuro.
Après s’être présentés à ce même magistrat, les jeunes samouraïs se dispersent pour explorer les environs et prendre la température de la population. C’est ainsi qu’ils apprennent que Daidoji Hayashi, Daimyo de sa famille, est en ville depuis quelques temps, et qu’il se rend tous les jours chez dame Fumi pour parler affaire, ce qui ne semble d’ailleurs enchanter aucun des deux…
Concernant la vente du saké local aux différents marchands présents en ville, on en est encore aux premières tractations, aucun contrat ne pouvant être signé avant la date officielle, à la prochaine lune. Il se murmure toutefois qu’un consortium de marchands rônins pourrait faire sensation. Un certain Otagawa a en effet fait venir en ville un plein convoi de pots de grès, qu’il compte bien négocier à la brasserie, qui a toujours besoin de récipients et qui pourraient bien peser plus lourd dans la balance commerciale que les poignées de kokus de biens des clans…
Ils apprennent également que des incidents mineurs ont éclaté ces derniers temps aux frontières des clans de la Grue et du Crabe, rien de grave jusqu’ici, mais la présence d’un Daimyo du clan de la grue au village laisse tout de même présager que certains trouvent ces incidents préoccupants.
Takao rencontre un artisan confiseur de talent, qui lui offre des caramels durcis représentant un dragon et un renard, tandis qu’Utemaru sympathise avec Uromasu, un tailleur dont les travaux l’impressionnent par leur finesse.
D’autres rumeurs circulent en ville, notamment concernant les jumeaux de l’empereur, mais elle retiennent moins l’attention des jeunes gens… Dans l’ensemble, la ville leur semble effectivement plutôt opulente et susceptible de participer honorablement à la richesse du trésor impérial.
Tandis que Katsugaya épluche les rapports de Jikuro avec Komaji, un coursier vient leur annoncer que tous les samouraïs étrangers présents en ville sont invités le lendemain soir à une réception donnée par dame Fumi dans les jardins de son palais. Cet événement est rapidement au cœur de toutes les conversations en ville.
Ayant appris par ses compagnons qu’Otagawa s’était arrangé avec un samouraï du clan de la Mante –le capitaine de navire Yoritomo Gyokoshu– pour lui placer deux de ses hommes comme gardes du corps et ainsi les introduire à la réception, Katsugaya décide de remonter personnellement l’information à Daidoji Hayashi, qui lui accorde volontiers une entrevue. Ce dernier semble considérer la réception comme une perte de temps hélas inévitable dans son travail de diplomatie. Il convient que l’attitude des rônins est suspecte et à surveiller, et suggère au jeune magistrat de dépêcher un de ses hommes à la surveillance des potentiels fauteurs de troubles.
Le temps est lourd au moment où les samouraïs présents en ville convergent vers la demeure de dame Fumi. Ses jardins sont cependant magnifiques, idéalement ombragés et rafraichis par le cours du ruisseau qui serpente entre les allées. Dame Fumi est une hôtesse parfaite ; elle a un petit mot pour chacun et sait initier les conversations entre inconnus pour délier les langues. Nourriture et boissons abondent, parfois même à l’excès.
Utemaru, chargé de surveiller les rônins, comprend rapidement qu’en fait, leurs intentions, si elles ne sont pas tout à fait honorables, sont loin d’être criminelles. Ils ne s’intéressent en fait qu’aux samouraïs qui participent de près ou de loin aux négociations sur la nouvelle cuvée Taka, et tentent, à la faveur de l’alcool qui abonde, de leur faire lâcher des informations sur les transactions en cours. Mais le jeune yoriki scorpion est bien décidé à leur mener la vie dure, sabotant systématiquement toutes leurs tentatives d’approche avec toute la subtilité dont savent faire preuve les courtisans de son clan.
Dame Fumi préside le repas, riant de bon cœur aux plaisanteries de ses deux chevaliers servants, les capitaines de navire Ajito et Gyokoshu. Quand Komaji et Hayashi tentent d’amener la conversation à des sujets plus sérieux, elle fait de son mieux pour la détourner à nouveau… Si le jeune percepteur impérial semble prendre la chose comme un défi amusant, ce n’est pas le cas du Daimyo de la famille Daidoji, qui semble de plus en plus renfrogné et manifeste clairement son exaspération.
Vers la fin du repas, par ailleurs plus que copieux, Otomo Komaji parviendra, avec l’aide de Katsugaya, à déstabiliser un instant leur hôtesse, confirmant leurs doutes sur de possibles malversations financières. Cette dernière se rattrape en annonçant la fin du repas et l’arrivée des musiciens.
Mais l’orage, qui menaçait depuis de heures, éclate en plein milieu de la représentation de la jeune chanteuse. Faisant preuve d’une remarquable maîtrise d’elle-même, la cantatrice sursaute à peine au premier coup de tonnerre et ne s’interrompt pas malgré le vacarme de la pluie battant les tuiles… Tout le monde se réfugie à l’intérieur, et les murs sont refermés.
La fureur de l’orage rendant l’exercice musical vain, Yasuki Fumi propose de remplacer le divertissement par un concours de poésie, idée applaudie par ses deux chevaliers servants qui se lancent les premiers, suivis par d’autres enthousiastes. Même Otomo Komaji tente sa chance, mais quand Kakita Deju, l’assistant de Hayashi, veut faire de même, son maître se lève, visiblement à bout de nerf, récupère son katana déposé à l’entrée : « Merci pour cette agréable soirée de divertissement, Fumi-san, Mais je dois partir. Nous reprendrons notre entretient demain matin. ». Et laissant à peine à son assistant, penaud, le temps de lui emboiter le pas, il quitte l’assemblée, qui reprend son petit jeu après quelques instants de flottement.
Quelques instants plus tard, Otomo Komaji dresse l’oreille… Il n’est pas le seul à avoir sursauté ; Takao a également cru entendre le bruit d’armes s’entrechoquant, mais comment être sûr de son oreille avec l’orage qui redouble de violence. N’était-ce pas simplement un éclair ? Katsugaya veut en avoir le cœur net. Accompagné de ses yorikis il quitte la fête.
Près du pont de bois qui relie la propriété de dame Fumi au reste du village, trois corps gisent au sol… Daidoji Hayashi, son assistant et leur yojimbo. Aucun n’a eu le temps de sortir ses armes… Une rapide analyse de la situation laisse penser que les assaillants se cachaient dans la rivière, sous le pont, et ont frappé les samouraïs avec des armes d’hast enduites de poison, ne leur laissant aucune chance. Sans doute sont-ils arrivés par la rivière et repartis par le même chemin. De toute façon, la pluie torrentielle qui continue à tomber ne va pas faciliter leur recherche.
Plus grave encore, l’épée familiale d’Hayashi n’est plus à son saya…
A quelques mètres du pont, Tokichiro a retrouvé la carriole de l’aiguiseur de couteau cachée dans les hautes herbes, et les pas d’au moins trois personnes entrant dans l’eau.
Katsugaya envoie chercher le magistrat et la garde du village, et va prévenir Komaji et Dame Fumi de la situation, leur suggérant d’empêcher quiconque de quitter le palais jusqu’à ce que les coupables soient identifiés. Hida Masato, le chef de la garde, et ses hommes arrivent quelques minutes plus tard. L’officier semble parfaitement incapable de gérer la situation face à un ennemi qu’il ne peut voir, aussi lui suggère-t-on d’assurer la sécurité des invités jusqu’à ce que la menace soit identifiée, ce qui semble lui convenir.
Quant à Daidoji Jikuro, le magistrat, il n’arrivera jamais. Lui et son assistant ont été retrouvés morts par le serviteur que l’on avait envoyé les chercher. Là aussi, poison et armes d’hast, et probablement un groupe de trois ou quatre assaillants, vu les traces de boue sur le parquet.
Les samouraïs décident de se séparer pour battre les rues de la ville. C’est ainsi que l’un d’eux repère du mouvement sur les quais. Il hèle ses compagnons, qui arrivent juste à temps pour apercevoir un groupe d’hommes quitter la Grâce de Dame Doji, le navire du capitaine Ajito… Se voyant repérés, les hommes plongent à la mer ! Mauvaise idée, puisqu’il suffit alors de suivre le progression pour les repêcher plus loin sur le rivage. Mais les bougres sont bons nageurs ; à la faveur de la tempête et de la configuration du village, ils parviennent à regagner le rivage avant d’être rattrapés, et se faufilent dans la forêt voisine pour disparaître à la vue de tous. C’est sans compter sur les pouvoirs de Tokichiro, qui les file discrètement à travers la forêt, puis les marais, pendant près d’une heure…
Les autres samouraïs ayant rapidement abandonné les poursuites, ayant entendu du bruit dans les rues de la ville. C’est ainsi qu’ils croisent, au niveau de la brasserie, trois hommes qui semblent en poursuivre un autre. Ils sont armés de lances courtes ; un des trois est déjà blessé au bras. Confrontés aux samouraïs, ils défendent chèrement leur peau, mais finissent par être mis hors d’état de nuire.
L’interrogatoire du survivant leur apprend quelques détails sur ce qu’il s’est passé. Ils sont les Hira-Gumi, héritiers d’un fils cadet de la famille Daidoji, répudié il y a près de trois siècles pour avoir tenté d’évincer son frère. Depuis lors, ses fidèles se sont retranchés dans les marais et préparent patiemment leur vengeance contre les « faux » Daidoji, les usurpateurs. Il y a peu de temps, un étranger est venu leur dire que le temps était venu de régler les comptes, que le maître des faux Daidoji serait en visite sur leurs terres et qu’il était temps de frapper, donnant le signal à tous les Hira-Gumi cachés que le moment était venu de réclamer leur dû ! Ce soir, toutes les grues présentes au village devaient mourir, afin que les descendants d’Hira puissent reprendre leur place légitime…
Après une première série de meurtres réussis, ils ont cependant été attaqués. Non loin de l’endroit où les samouraïs les ont trouvés, un shuriken a frappé le bras de leur chef, et ils se sont lancés à la poursuite de leur agresseur, mais ce dernier est parvenu à s’enfuir à la faveur de l’intervention de Katsugaya et ses compagnons.
Après quelques commentaires ironiques sur les ravages que peuvent causer trois siècles de haine et de consanguinité, les samouraïs vont exposer ce qu’ils ont appris aux notables réunis chez Dame Fumi. Après quelques temps ils sont rejoints par Tokichiro, qui a suivi les fuyards à travers les marécages jusqu’à ce qu’ils rejoignent des compagnons qui les attendaient à l’entrée d’une vieille piste partant vers le Nord-Est. Après s’être assuré de pouvoir retrouver celle-ci facilement, il est revenu chercher ses compagnons.
Le temps de soigner sommairement les quelques blessures subies lors de l’affrontement contre les Hira-Gumi, les cinq samouraïs se mettent en route à travers les marécages. L’orage s’est calmé, et même s’il pleut toujours par intermittence, la pleine lune nimbe les lieux d’une lumière froide, presque irréelle. Ils avancent ainsi plus de quatre heures, évitant parfois de justesse les pièges laissés le long de la piste par ceux qu’ils traquent.
Enfin, un village apparaît, perdu au milieu de nulle part. Une dizaine de bâtiments, à peine entretenus, entourés par des ruines et des rizières à l’aspect misérable. Ils sont immédiatement repérés par l’unique garde en faction sur la tour de guet en bordure du village, qui sonne l’alarme avant de se replier. Tokichiro s’écarte du groupe et contourne le village, tentant de s’approcher autant que possible de ce qui semble être le dojo, sans être vu.
Une dizaine de guerriers armés de lances font face aux quatre samouraïs. Quand il lui apparaît que la confrontation est inévitable au vu de fanatisme des Hira-Gumi, Katsugaya s’avance et, d’un coup de sabre, coupe quasiment en deux l’officier adverse. Malheureusement, cela ne suffit pas pour calmer les ardeurs guerrières des villageois, et ce coup de katana déclenche les hostilités.
Souta, surpris, n’a pas eu le temps de se mettre à l’écart. Pris à parti par deux combattants, il est grièvement blessé, et doit puiser dans ses dernières ressources pour invoquer la colère d’Osano-Wo sur ses adversaires. Ses compagnons, plus habitués au choc des armes, éliminent les Hira-Gumi un par un, avant de pouvoir venir en aide au Shugenja acculé. A part ce dernier, les samouraïs n’auront à déplorer que des blessures légères, tandis que les corps de leurs adversaires sont étendus au travers du chemin.
Ils peuvent alors rejoindre Tokichiro dans le dojo, où une scène bien macabre les attend. La grande pièce est jonchée d’une vingtaine de cadavres tout frais ; femmes, enfants et vieillards, certains encore en pleine agonie. Une femme, occupée à étrangler son fils, lâche ce dernier en voyant les samouraïs entrer, et saisit un couteau pour le planter dans sa propre jugulaire… Tokichiro emmène le miraculé à l’écart, tandis que Katsugaya enjambe les corps pour accéder à la chambre réservée au Sensei. Il y trouve un vieil homme, vêtu d’une armure légère aux couleurs du clan de la Grue, occupé à se faire seppuku sans assistance. Sans un regard pour lui, il s’avance vers le râtelier au fond de la pièce, où trône l’épée familiale des Daidoji…
Quand ils quittent le village maudit, le soleil se lève à l’horizon, les baignant de lumière orangée durant le trajet du retour vers le village de l’Aimable Voyageur. Le miraculé, un garçonnet répondant au nom de Hiro, les accompagne comme témoin de ce qu’étaient ce village et ses habitants. Sur les conseils d’Otomo Komaji, Takao le prendra finalement sous son aile, comme serviteur, refusant de le laisser tuer.
Avant de quitter le village, l’histoire connaîtra un dernier rebondissement. Utemaru s’étant à nouveau rendu chez Uromasu pour lui acheter des habits de voyage à la taille de Hiro, se rend compte que le tailleur affiche un air fatigué et boîte légèrement. Ce dernier comprend aussitôt que le samouraï a fait le lien avec le shuriken perdu, et sort un ninja-to de sa manche… « Vous avez compris, n’est-ce pas ? Cela n’a rien de personnel, mais deux personne à connaître un même secret, cela fait une de trop. »
Il s’en faut de peu pour que le Scorpion ne succombe à l’attaque de son adversaire, mais sa contre-attaque désespérée surprend le tailleur qui, voyant la situation lui échapper, projette la lampe à huile qui éclairait la pièce contre les kimonos accroché au mur, déclenchant aussitôt un incendie. Le temps que les secours arrivent, tout en pan du mur est consumé, et le marchant gît aux pieds du samouraï. Malheureusement il est mort, et ne révèlera rien de plus…
Reste à rejoindre les terres ancestrales de la famille Daidoji pour remettre à celle-ci l’épée de Hayashi. Bien sûr, des questions seront posées sur les circonstances du décès, le clan du Crabe mis en cause puis innocenté, même si l’événement risque d’avoir des conséquences politiques graves dans le futur. Mais le jeune magistrat et ses yorikis ne resteront pas pour assister à toutes les tractations préparant la succession du Daimyo… L’empire à besoin d’eux ailleurs.
PNJs rencontrés :
Daidoji Ajito : le capitaine de la Grâce de Dame Doji était une sorte de dandy qui semblait être venu pour prendre du bon temps en compagnie de dame Fumi, dont il disputait les faveurs à son homologue du clan de la Mante.
Daidoji Hayashi : le jeune Daimyo de la famille Daidoji était un homme austère et sérieux au regard inquisiteur. Il a malheureusement succombé à une vendetta vieille de plusieurs siècles.
Daidoji Jikuro : ce jeune magistrat chargé de récolter les taxes pour son clan a toujours eu du mal à imposer son autorité en ville, la force militaire étant détenue par le clan du crabe. Il a lui aussi subi la vengeance des Hira-Gumi.
Hida Masato : le commandant de la garnison de la ville est une espèce de brute perpétuellement de mauvaise humeur et rapidement dépassée dès que la situation demande un brin de réflexion ou de sang-froid.
Hiro : ce garçon de 7 ans a échappé à la mort ordonnée par son Daimyo par miracle, et est maintenant au service de Takao en tant qu’Eta.
Kakita Deju : le jeune assistant enjoué d’Hayashi a malheureusement partagé le sort de son maître.
Otomo Komaji : percepteur impérial de grande taille, vêtu sobrement, il semble pouvoir juger la valeur d’autrui d’un simple regard. Il fait de son mieux pour respecter l’étiquette et les traditions en toutes circonstances, ce qui ne l’aidera pas à confondre dame Fumi dont il est pourtant persuadé de la culpabilité.
Uromasu : ce tailleur, sponsorisé par la famille Daidoji, était fort respecté en ville. Quel que soit le secret qu’il cachait, il était prêt à tuer et à mourir pour ne pas qu’il soit découvert.
Yasuki Fumi : une élégante dame qui, sous une apparente frivolité, semble être fort capable de mener à bien les affaires familiales, même lorsque cela l’amène à naviguer dans les eaux troubles de la politique entre deux clans majeurs.
Yoritomo Gyokoshu : Capitaine du Kaori, le navire qui a emmené en ville les négociants du clan de la Mante, cet athlète profite de sa présence pour faire la cour à dame Fumi.
Ils arrivent par bateau dans une petite ville plutôt vivante, à cette époque de l’année où des marchands de tous les clans viennent négocier l’achat du nouveau millésime du fameux Saké « Taka label » qui fait la prospérité et la réputation de l’endroit. Bien que situés en bord de mer, ses habitants ne profitent que peu des bienfaits de celle-ci, la majorité vivant de manière plus ou moins directe de l’exploitation de la brasserie – le plus grand bâtiment de la ville.
En dehors de la brasserie, le bâtiment le plus notable est la résidence de dame Yasuki Fumi, la propriétaire de l’industrie de Saké locale, et seigneur de facto du village depuis la disparition tragique de son mari il y a quelques années. Elle a résisté habilement à toutes les offres d’alliance qui lui ont été faites depuis lors. Le temple de Daikoku et l’auberge de la Pitié de la Fortune dominent le reste des constructions, une poignée de commerces plutôt florissants et les habitations des villageois se mélangeant sans structure apparente. Au delà de la place du marché, très animée durant la journée, se trouvent le district des êtas et la demeure du magistrat du clan de la Grue, Daidoji Jikuro.
Après s’être présentés à ce même magistrat, les jeunes samouraïs se dispersent pour explorer les environs et prendre la température de la population. C’est ainsi qu’ils apprennent que Daidoji Hayashi, Daimyo de sa famille, est en ville depuis quelques temps, et qu’il se rend tous les jours chez dame Fumi pour parler affaire, ce qui ne semble d’ailleurs enchanter aucun des deux…
Concernant la vente du saké local aux différents marchands présents en ville, on en est encore aux premières tractations, aucun contrat ne pouvant être signé avant la date officielle, à la prochaine lune. Il se murmure toutefois qu’un consortium de marchands rônins pourrait faire sensation. Un certain Otagawa a en effet fait venir en ville un plein convoi de pots de grès, qu’il compte bien négocier à la brasserie, qui a toujours besoin de récipients et qui pourraient bien peser plus lourd dans la balance commerciale que les poignées de kokus de biens des clans…
Ils apprennent également que des incidents mineurs ont éclaté ces derniers temps aux frontières des clans de la Grue et du Crabe, rien de grave jusqu’ici, mais la présence d’un Daimyo du clan de la grue au village laisse tout de même présager que certains trouvent ces incidents préoccupants.
Takao rencontre un artisan confiseur de talent, qui lui offre des caramels durcis représentant un dragon et un renard, tandis qu’Utemaru sympathise avec Uromasu, un tailleur dont les travaux l’impressionnent par leur finesse.
D’autres rumeurs circulent en ville, notamment concernant les jumeaux de l’empereur, mais elle retiennent moins l’attention des jeunes gens… Dans l’ensemble, la ville leur semble effectivement plutôt opulente et susceptible de participer honorablement à la richesse du trésor impérial.
Tandis que Katsugaya épluche les rapports de Jikuro avec Komaji, un coursier vient leur annoncer que tous les samouraïs étrangers présents en ville sont invités le lendemain soir à une réception donnée par dame Fumi dans les jardins de son palais. Cet événement est rapidement au cœur de toutes les conversations en ville.
Ayant appris par ses compagnons qu’Otagawa s’était arrangé avec un samouraï du clan de la Mante –le capitaine de navire Yoritomo Gyokoshu– pour lui placer deux de ses hommes comme gardes du corps et ainsi les introduire à la réception, Katsugaya décide de remonter personnellement l’information à Daidoji Hayashi, qui lui accorde volontiers une entrevue. Ce dernier semble considérer la réception comme une perte de temps hélas inévitable dans son travail de diplomatie. Il convient que l’attitude des rônins est suspecte et à surveiller, et suggère au jeune magistrat de dépêcher un de ses hommes à la surveillance des potentiels fauteurs de troubles.
Le temps est lourd au moment où les samouraïs présents en ville convergent vers la demeure de dame Fumi. Ses jardins sont cependant magnifiques, idéalement ombragés et rafraichis par le cours du ruisseau qui serpente entre les allées. Dame Fumi est une hôtesse parfaite ; elle a un petit mot pour chacun et sait initier les conversations entre inconnus pour délier les langues. Nourriture et boissons abondent, parfois même à l’excès.
Utemaru, chargé de surveiller les rônins, comprend rapidement qu’en fait, leurs intentions, si elles ne sont pas tout à fait honorables, sont loin d’être criminelles. Ils ne s’intéressent en fait qu’aux samouraïs qui participent de près ou de loin aux négociations sur la nouvelle cuvée Taka, et tentent, à la faveur de l’alcool qui abonde, de leur faire lâcher des informations sur les transactions en cours. Mais le jeune yoriki scorpion est bien décidé à leur mener la vie dure, sabotant systématiquement toutes leurs tentatives d’approche avec toute la subtilité dont savent faire preuve les courtisans de son clan.
Dame Fumi préside le repas, riant de bon cœur aux plaisanteries de ses deux chevaliers servants, les capitaines de navire Ajito et Gyokoshu. Quand Komaji et Hayashi tentent d’amener la conversation à des sujets plus sérieux, elle fait de son mieux pour la détourner à nouveau… Si le jeune percepteur impérial semble prendre la chose comme un défi amusant, ce n’est pas le cas du Daimyo de la famille Daidoji, qui semble de plus en plus renfrogné et manifeste clairement son exaspération.
Vers la fin du repas, par ailleurs plus que copieux, Otomo Komaji parviendra, avec l’aide de Katsugaya, à déstabiliser un instant leur hôtesse, confirmant leurs doutes sur de possibles malversations financières. Cette dernière se rattrape en annonçant la fin du repas et l’arrivée des musiciens.
Mais l’orage, qui menaçait depuis de heures, éclate en plein milieu de la représentation de la jeune chanteuse. Faisant preuve d’une remarquable maîtrise d’elle-même, la cantatrice sursaute à peine au premier coup de tonnerre et ne s’interrompt pas malgré le vacarme de la pluie battant les tuiles… Tout le monde se réfugie à l’intérieur, et les murs sont refermés.
La fureur de l’orage rendant l’exercice musical vain, Yasuki Fumi propose de remplacer le divertissement par un concours de poésie, idée applaudie par ses deux chevaliers servants qui se lancent les premiers, suivis par d’autres enthousiastes. Même Otomo Komaji tente sa chance, mais quand Kakita Deju, l’assistant de Hayashi, veut faire de même, son maître se lève, visiblement à bout de nerf, récupère son katana déposé à l’entrée : « Merci pour cette agréable soirée de divertissement, Fumi-san, Mais je dois partir. Nous reprendrons notre entretient demain matin. ». Et laissant à peine à son assistant, penaud, le temps de lui emboiter le pas, il quitte l’assemblée, qui reprend son petit jeu après quelques instants de flottement.
Quelques instants plus tard, Otomo Komaji dresse l’oreille… Il n’est pas le seul à avoir sursauté ; Takao a également cru entendre le bruit d’armes s’entrechoquant, mais comment être sûr de son oreille avec l’orage qui redouble de violence. N’était-ce pas simplement un éclair ? Katsugaya veut en avoir le cœur net. Accompagné de ses yorikis il quitte la fête.
Près du pont de bois qui relie la propriété de dame Fumi au reste du village, trois corps gisent au sol… Daidoji Hayashi, son assistant et leur yojimbo. Aucun n’a eu le temps de sortir ses armes… Une rapide analyse de la situation laisse penser que les assaillants se cachaient dans la rivière, sous le pont, et ont frappé les samouraïs avec des armes d’hast enduites de poison, ne leur laissant aucune chance. Sans doute sont-ils arrivés par la rivière et repartis par le même chemin. De toute façon, la pluie torrentielle qui continue à tomber ne va pas faciliter leur recherche.
Plus grave encore, l’épée familiale d’Hayashi n’est plus à son saya…
A quelques mètres du pont, Tokichiro a retrouvé la carriole de l’aiguiseur de couteau cachée dans les hautes herbes, et les pas d’au moins trois personnes entrant dans l’eau.
Katsugaya envoie chercher le magistrat et la garde du village, et va prévenir Komaji et Dame Fumi de la situation, leur suggérant d’empêcher quiconque de quitter le palais jusqu’à ce que les coupables soient identifiés. Hida Masato, le chef de la garde, et ses hommes arrivent quelques minutes plus tard. L’officier semble parfaitement incapable de gérer la situation face à un ennemi qu’il ne peut voir, aussi lui suggère-t-on d’assurer la sécurité des invités jusqu’à ce que la menace soit identifiée, ce qui semble lui convenir.
Quant à Daidoji Jikuro, le magistrat, il n’arrivera jamais. Lui et son assistant ont été retrouvés morts par le serviteur que l’on avait envoyé les chercher. Là aussi, poison et armes d’hast, et probablement un groupe de trois ou quatre assaillants, vu les traces de boue sur le parquet.
Les samouraïs décident de se séparer pour battre les rues de la ville. C’est ainsi que l’un d’eux repère du mouvement sur les quais. Il hèle ses compagnons, qui arrivent juste à temps pour apercevoir un groupe d’hommes quitter la Grâce de Dame Doji, le navire du capitaine Ajito… Se voyant repérés, les hommes plongent à la mer ! Mauvaise idée, puisqu’il suffit alors de suivre le progression pour les repêcher plus loin sur le rivage. Mais les bougres sont bons nageurs ; à la faveur de la tempête et de la configuration du village, ils parviennent à regagner le rivage avant d’être rattrapés, et se faufilent dans la forêt voisine pour disparaître à la vue de tous. C’est sans compter sur les pouvoirs de Tokichiro, qui les file discrètement à travers la forêt, puis les marais, pendant près d’une heure…
Les autres samouraïs ayant rapidement abandonné les poursuites, ayant entendu du bruit dans les rues de la ville. C’est ainsi qu’ils croisent, au niveau de la brasserie, trois hommes qui semblent en poursuivre un autre. Ils sont armés de lances courtes ; un des trois est déjà blessé au bras. Confrontés aux samouraïs, ils défendent chèrement leur peau, mais finissent par être mis hors d’état de nuire.
L’interrogatoire du survivant leur apprend quelques détails sur ce qu’il s’est passé. Ils sont les Hira-Gumi, héritiers d’un fils cadet de la famille Daidoji, répudié il y a près de trois siècles pour avoir tenté d’évincer son frère. Depuis lors, ses fidèles se sont retranchés dans les marais et préparent patiemment leur vengeance contre les « faux » Daidoji, les usurpateurs. Il y a peu de temps, un étranger est venu leur dire que le temps était venu de régler les comptes, que le maître des faux Daidoji serait en visite sur leurs terres et qu’il était temps de frapper, donnant le signal à tous les Hira-Gumi cachés que le moment était venu de réclamer leur dû ! Ce soir, toutes les grues présentes au village devaient mourir, afin que les descendants d’Hira puissent reprendre leur place légitime…
Après une première série de meurtres réussis, ils ont cependant été attaqués. Non loin de l’endroit où les samouraïs les ont trouvés, un shuriken a frappé le bras de leur chef, et ils se sont lancés à la poursuite de leur agresseur, mais ce dernier est parvenu à s’enfuir à la faveur de l’intervention de Katsugaya et ses compagnons.
Après quelques commentaires ironiques sur les ravages que peuvent causer trois siècles de haine et de consanguinité, les samouraïs vont exposer ce qu’ils ont appris aux notables réunis chez Dame Fumi. Après quelques temps ils sont rejoints par Tokichiro, qui a suivi les fuyards à travers les marécages jusqu’à ce qu’ils rejoignent des compagnons qui les attendaient à l’entrée d’une vieille piste partant vers le Nord-Est. Après s’être assuré de pouvoir retrouver celle-ci facilement, il est revenu chercher ses compagnons.
Le temps de soigner sommairement les quelques blessures subies lors de l’affrontement contre les Hira-Gumi, les cinq samouraïs se mettent en route à travers les marécages. L’orage s’est calmé, et même s’il pleut toujours par intermittence, la pleine lune nimbe les lieux d’une lumière froide, presque irréelle. Ils avancent ainsi plus de quatre heures, évitant parfois de justesse les pièges laissés le long de la piste par ceux qu’ils traquent.
Enfin, un village apparaît, perdu au milieu de nulle part. Une dizaine de bâtiments, à peine entretenus, entourés par des ruines et des rizières à l’aspect misérable. Ils sont immédiatement repérés par l’unique garde en faction sur la tour de guet en bordure du village, qui sonne l’alarme avant de se replier. Tokichiro s’écarte du groupe et contourne le village, tentant de s’approcher autant que possible de ce qui semble être le dojo, sans être vu.
Une dizaine de guerriers armés de lances font face aux quatre samouraïs. Quand il lui apparaît que la confrontation est inévitable au vu de fanatisme des Hira-Gumi, Katsugaya s’avance et, d’un coup de sabre, coupe quasiment en deux l’officier adverse. Malheureusement, cela ne suffit pas pour calmer les ardeurs guerrières des villageois, et ce coup de katana déclenche les hostilités.
Souta, surpris, n’a pas eu le temps de se mettre à l’écart. Pris à parti par deux combattants, il est grièvement blessé, et doit puiser dans ses dernières ressources pour invoquer la colère d’Osano-Wo sur ses adversaires. Ses compagnons, plus habitués au choc des armes, éliminent les Hira-Gumi un par un, avant de pouvoir venir en aide au Shugenja acculé. A part ce dernier, les samouraïs n’auront à déplorer que des blessures légères, tandis que les corps de leurs adversaires sont étendus au travers du chemin.
Ils peuvent alors rejoindre Tokichiro dans le dojo, où une scène bien macabre les attend. La grande pièce est jonchée d’une vingtaine de cadavres tout frais ; femmes, enfants et vieillards, certains encore en pleine agonie. Une femme, occupée à étrangler son fils, lâche ce dernier en voyant les samouraïs entrer, et saisit un couteau pour le planter dans sa propre jugulaire… Tokichiro emmène le miraculé à l’écart, tandis que Katsugaya enjambe les corps pour accéder à la chambre réservée au Sensei. Il y trouve un vieil homme, vêtu d’une armure légère aux couleurs du clan de la Grue, occupé à se faire seppuku sans assistance. Sans un regard pour lui, il s’avance vers le râtelier au fond de la pièce, où trône l’épée familiale des Daidoji…
Quand ils quittent le village maudit, le soleil se lève à l’horizon, les baignant de lumière orangée durant le trajet du retour vers le village de l’Aimable Voyageur. Le miraculé, un garçonnet répondant au nom de Hiro, les accompagne comme témoin de ce qu’étaient ce village et ses habitants. Sur les conseils d’Otomo Komaji, Takao le prendra finalement sous son aile, comme serviteur, refusant de le laisser tuer.
Avant de quitter le village, l’histoire connaîtra un dernier rebondissement. Utemaru s’étant à nouveau rendu chez Uromasu pour lui acheter des habits de voyage à la taille de Hiro, se rend compte que le tailleur affiche un air fatigué et boîte légèrement. Ce dernier comprend aussitôt que le samouraï a fait le lien avec le shuriken perdu, et sort un ninja-to de sa manche… « Vous avez compris, n’est-ce pas ? Cela n’a rien de personnel, mais deux personne à connaître un même secret, cela fait une de trop. »
Il s’en faut de peu pour que le Scorpion ne succombe à l’attaque de son adversaire, mais sa contre-attaque désespérée surprend le tailleur qui, voyant la situation lui échapper, projette la lampe à huile qui éclairait la pièce contre les kimonos accroché au mur, déclenchant aussitôt un incendie. Le temps que les secours arrivent, tout en pan du mur est consumé, et le marchant gît aux pieds du samouraï. Malheureusement il est mort, et ne révèlera rien de plus…
Reste à rejoindre les terres ancestrales de la famille Daidoji pour remettre à celle-ci l’épée de Hayashi. Bien sûr, des questions seront posées sur les circonstances du décès, le clan du Crabe mis en cause puis innocenté, même si l’événement risque d’avoir des conséquences politiques graves dans le futur. Mais le jeune magistrat et ses yorikis ne resteront pas pour assister à toutes les tractations préparant la succession du Daimyo… L’empire à besoin d’eux ailleurs.
PNJs rencontrés :
Daidoji Ajito : le capitaine de la Grâce de Dame Doji était une sorte de dandy qui semblait être venu pour prendre du bon temps en compagnie de dame Fumi, dont il disputait les faveurs à son homologue du clan de la Mante.
Daidoji Hayashi : le jeune Daimyo de la famille Daidoji était un homme austère et sérieux au regard inquisiteur. Il a malheureusement succombé à une vendetta vieille de plusieurs siècles.
Daidoji Jikuro : ce jeune magistrat chargé de récolter les taxes pour son clan a toujours eu du mal à imposer son autorité en ville, la force militaire étant détenue par le clan du crabe. Il a lui aussi subi la vengeance des Hira-Gumi.
Hida Masato : le commandant de la garnison de la ville est une espèce de brute perpétuellement de mauvaise humeur et rapidement dépassée dès que la situation demande un brin de réflexion ou de sang-froid.
Hiro : ce garçon de 7 ans a échappé à la mort ordonnée par son Daimyo par miracle, et est maintenant au service de Takao en tant qu’Eta.
Kakita Deju : le jeune assistant enjoué d’Hayashi a malheureusement partagé le sort de son maître.
Otomo Komaji : percepteur impérial de grande taille, vêtu sobrement, il semble pouvoir juger la valeur d’autrui d’un simple regard. Il fait de son mieux pour respecter l’étiquette et les traditions en toutes circonstances, ce qui ne l’aidera pas à confondre dame Fumi dont il est pourtant persuadé de la culpabilité.
Uromasu : ce tailleur, sponsorisé par la famille Daidoji, était fort respecté en ville. Quel que soit le secret qu’il cachait, il était prêt à tuer et à mourir pour ne pas qu’il soit découvert.
Yasuki Fumi : une élégante dame qui, sous une apparente frivolité, semble être fort capable de mener à bien les affaires familiales, même lorsque cela l’amène à naviguer dans les eaux troubles de la politique entre deux clans majeurs.
Yoritomo Gyokoshu : Capitaine du Kaori, le navire qui a emmené en ville les négociants du clan de la Mante, cet athlète profite de sa présence pour faire la cour à dame Fumi.
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